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Culture · Yi Jing

Jung, la synchronicité et le Yi King

On doit à Carl Jung un mot devenu courant — « synchronicité » — et une manière de lire le Yi King qui a survécu à un siècle. L'un et l'autre sont nés de la même rencontre : celle d'un psychiatre suisse avec un vieux livre chinois qu'il a refusé de traiter en oracle.

Une amitié : Jung et Wilhelm

Tout part de Richard Wilhelm, le traducteur qui rendit le Yi King lisible en Occident. Jung et lui se lient d'amitié dans les années 1920. En 1929, ils publient ensemble « Le Secret de la Fleur d'or » : Wilhelm traduit un traité taoïste, Jung en écrit le commentaire psychologique. Pour Jung, Wilhelm est un passeur rare, capable d'« écouter sans préjugé les révélations d'une mentalité étrangère ».

C'est Wilhelm qui initie Jung au Yi King — non comme un jeu de présages, mais comme un système symbolique cohérent. Jung le prendra très au sérieux, au point d'en faire un compagnon de pensée pendant trente ans.

La naissance d'un mot : synchronicité

Le mot « synchronicité », Jung l'emploie publiquement pour la première fois en 1930, dans son discours à la mémoire de Wilhelm, qui vient de mourir. Il l'avait, dit-il, forgé l'année précédente pour nommer une chose qui l'intriguait : des coïncidences porteuses de sens, où un événement extérieur répond à un état intérieur sans qu'aucun lien de cause à effet ne les relie.

Il en donnera une formulation mûrie bien plus tard, en 1952, dans un essai au titre programmatique : « La synchronicité, principe de relation acausale ». Le travail était nourri d'un long dialogue avec le physicien Wolfgang Pauli. L'idée reste discutée — mais elle vise un problème réel : pourquoi certaines coïncidences nous semblent-elles adressées ?

Jung consulte le livre — et le laisse répondre

L'anecdote la plus célèbre se trouve dans la préface que Jung écrit, en 1949, pour l'édition anglaise du Yi King. Plutôt que d'expliquer l'ouvrage de l'extérieur, il fait une chose inattendue : il interroge le livre lui-même sur ce qu'il pense d'être présenté au public occidental. Il jette les pièces, et obtient la figure 50, Ting, « le Chaudron ».

La réponse le frappe : le Chaudron est le vase rituel qui contient une nourriture spirituelle. Le livre semblait se décrire lui-même. Jung, honnête, note que ce fut sa seule et unique consultation sur ce point — et qu'elle lui parut juste. Il ne prétend pas que le hasard a été forcé ; il constate qu'une figure a fait sens.

Dans sa lecture, le livre ne se contentait pas de se décrire : il mettait aussi en garde. La figure suggérait que l'esprit occidental, coupé de la sagesse de ses propres ancêtres, risquait de mal le comprendre. Jung en tira une prudence durable — il présenta toujours le Yi King comme une expérience à tenter, jamais comme une croyance à adopter.

Ce que la synchronicité change à la lecture du Yi King

Voilà le geste décisif de Jung. Si le Yi King fonctionne, ce n'est pas par causalité — la figure ne provoque rien et n'annonce rien. C'est par synchronicité : l'hexagramme obtenu reflète l'état du moment où on le tire. Le sens n'est pas prédit à l'avance ; il est reconnu sur le coup.

Cette bascule dissout la question qu'on pose toujours — « est-ce que ça prédit l'avenir ? ». Pour Jung, la question était mal posée : le Yi King n'a jamais parlé du futur, il parle du présent, à qui accepte de s'y regarder. C'est un miroir, pas une boule de cristal.

Ce que Daoa en garde — et ce qu'il en laisse

Soyons précis, car c'est une affaire d'honnêteté. Daoa ne demande de croire à rien : ni à la synchronicité comme loi de l'univers, ni à des forces qui agiraient à travers l'application. Ces débats appartiennent à Jung et à ses lecteurs, pas à un carnet de journaling.

Ce que Daoa retient de Jung, c'est le recadrage, pas la métaphysique : une figure peut faire sens sans rien prédire, parce que le sens est celui que vous lui donnez. C'est exactement le rôle d'un miroir. La figure ouvre un angle ; l'interprétation, la réflexion et la décision restent les vôtres.

De l'immense édifice jungien, Daoa ne garde donc qu'une chose, la plus sobre et la plus solide : regarder une image, et y voir un peu plus clair en soi. Rien d'annoncé, rien de promis — un présent mieux regardé.

Sources & références

  • C. G. Jung, préface au Yi King de Wilhelm-Baynes (1950)
  • C. G. Jung, La synchronicité, principe de relation acausale (1952 ; Œuvres complètes, vol. 8)
  • Richard Wilhelm & C. G. Jung, Le Secret de la Fleur d'or (1929)
  • Synchronicité — encyclopédie Wikipédia

Figures citées

Regarder une figure, écrire un choix

Daoa met cette lecture en pratique : une figure du Yi Jing ouvre chaque page de votre journal — un miroir pour le présent, jamais une prédiction.

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